LE PROJET DANSES NOMADES
1.DANSES NOMADES
Nous évoluons dans un contexte économique et écologique contraint, où la nécessité de créer un nouveau modèle économique pour la circulation de la culture, aussi novateur qu’ingénieux, s’impose. Comment, avec des moyens limités, pouvons-nous faire autrement et répondre efficacement à ces défis ? Comment pouvons-nous faire mieux ? C’est à cette question cruciale que notre projet Danses nomades entend répondre.
La Compagnie Hervé KOUBI est implantée avec succès de manière historique dans plusieurs territoires tels que le Pas-de-Calais, la Corrèze et les Alpes-Maritimes. Elle a su aussi développer des relations fidèles à long terme avec des structures culturelles françaises et internationales.
Son engagement pour une danse accessible et métissée a su se déployer durablement sur les territoires des villes et des campagnes, faisant dialoguer les cultures et promouvant la diversité artistique. C’est ainsi qu’autour de ce qui constitue son ADN, à savoir, le métissage des cultures et des esthétiques urbaines et contemporaines, la mobilité et la capacité à créer des liens solides et durables avec différents territoires, notamment en milieu rural, et leurs habitants éloignés de la culture, l’inclusion et la diversité, l’équipe d’Hervé KOUBI s’est mise à la réflexion d’un nouveau projet d’implantation croisée et de mise en articulation des territoires.
Le projet Danses nomades incarnera cette mise en réseau territoriale de moyens techniques, humains et financiers au service de la création et de l’éducation artistique et culturelle. Il permettra la création d’un modèle économique innovant où chaque euro investi par le Ministère de la culture aura un bénéfice démultiplié par autant de territoires que ceux mis en connexion et en cohésion par le projet. En s’appuyant sur des résidences, des échanges culturels, des ateliers de pratique et des événements partagés, Danses nomades développera un modèle de coopération territoriale où chaque base socle conservera ses spécificités et ses singularités, et où la mise en relation apportera une plus-value à chacun des territoires, tout en démultipliant les bénéfices à l’échelle globale du réseau.



2.OBJECTIFS DU PROJET
Explorer des pratiques de fonctionnement croisé et envisager la mobilité comme vecteur d’ouverture culturelle à la création.
En prenant appui sur l’expérience de la Compagnie Hervé KOUBI, de ses créations et de son rayonnement national et international, le projet explorerait la pluralité des esthétiques chorégraphiques. Fort de la mise à disposition de deux studios de répétition, le BCMO – Pole Chorégraphique de Calais e l’Espace chorégraphique Chiris de Grasse, ainsi que de la réflexion de deux lieux supplémentaires à Brive et Cannes en partenariat avec les collectivités territoriales, le projet Danses nomades inclura des résidences de création. L’objectif est de démocratiser l’accès à la danse dans une large expression esthétique en mettant l’accent sur la diversité des écritures chorégraphiques tout en soutenant la création et la recherche chorégraphique.
Déployer l’art chorégraphique dans des zones éloignées de la culture
Déployer l’art chorégraphique dans des zones éloignées de la culture
La Compagnie Hervé KOUBI, tout en rayonnant en France et à l’international à travers la diffusion de ses productions, a su de manière historique développer et pérenniser un travail de proximité avec les territoires où elle est implantée. Adapté aux contextes locaux, Danses nomades renforcera ainsi l’idée de territoire en mouvement en proposant de véritables parcours qui invitent artistes et publics à passer de la pratique à l’œuvre, et de l’œuvre à la pratique. Danses nomades permettrait de toucher aussi des publics divers (scolaires, habitants de petites communes (ruralité), jeunes publics, publics empêchés, association d’adultes…) en offrant un espace de rencontre et d’échange avec les artistes par le biais d’ateliers, de spectacles, d’expériences directes de la danse, contribuant ainsi à rendre la culture accessible au plus grand nombre.
Accessibilité et inclusion
Une attention particulière sera portée à l’accessibilité des spectacles et des ateliers, notamment par la mise en place d’un accompagnement dédié aux personnes en situation de handicap ou de précarité.
3.ENJEUX ECOLOGIQUES
C’est à une succession d’étapes que vont se poser les questions d’enjeux de transition écologique et de bon équilibre entre désir de création de l’artiste et raison écologique, chacune ayant des postes consommateurs d’énergie et ses plans d’actions spécifiques.
L’acte créatif se prépare en amont, dans l’esprit du chorégraphe ; c’est à ce stade, dans un savant équilibre entre pensée artistique et réalité écologique que doit s’anticiper la création. Adapter les besoins techniques est un acte de développement durable. Les décors légers, les sols clairs ou réfléchissants pour nécessiter moins de lumière à installer, les implantations lumière à projecteurs nouvelle génération, les accessoires réutilisables (gourdes), les costumes aux matières écoresponsables facilement transportables et nettoyables sont privilégiés.
Vient ensuite le travail de répétition : rassembler des équipes artistiques pour créer une œuvre implique plusieurs problématiques.L’acte créatif ne peut pas toujours se concevoir avec uniquement des artistes locaux. Les dépenses énergétiques, notamment en transport pour les répétitions, doivent ainsi être prises en compte. La mise à disposition de deux lieux, le BCMO par la Ville de Calais et l’Espace Chorégraphique Chiris par la Ville de Grasse, offrent la possibilité de créer la majeure partie de la pièce dans un nombre limité d’endroits, réduisant les déplacements et permettant l’installation des artistes sur des territoires ciblés.
Le choix de travailler avec des artistes internationaux ou non locaux engage aussi une problématique humaine, politique et écologique. Il convient d’accompagner les danseurs dans leurs démarches du quotidien en lien avec l’administration française pour qu’ils puissent respecter leurs devoirs (titres de séjours, administration fiscale…) et bénéficier de leurs droits (sécurité sociale, statut d’intermittent du spectacle, formation professionnelle…). La compagnie les accompagne aussi dans la vie de tous les jours (relation avec les banques, gestion de leur logement…).




4. GESTION DES ÉQUIPES
La compagnie étant très souvent en tournée, il convient de réfléchir à un mode de gestion du personnel pour que chacun puisse à la fois s’épanouir en tant qu’individu au sein de l’équipe et de manière personnelle et individuelle. Au sein de l’équipe, l’environnement de travail est construit aussi pour donner aux artistes la liberté de prendre des risques interpersonnels. Cela signifie que les individus doivent se sentir à l’aise de s’exprimer librement, de poser des questions, de partager des idées, de signaler des erreurs ou des problèmes, sans craindre de répercussions négatives ou de
jugements.
C’est dans ce climat de sérénité et de sécurité psychologique dans le travail et en dehors de celui-ci que se positionnent les relations entre les membres de la compagnie pour fidéliser les danseurs sur une période longue (8 ans en moyenne), leur donnant ainsi la possibilité d’envisager leur avenir à moyen/long terme et une installation sur le territoire français.Nous veillons également à les aider à entretenir des liens avec leur pays d’origine et s’ils le souhaitent à favoriser le transfert d’expérience. Le renouvellement ou l’intégration de nouveaux artistes se fait en transition douce, permettant aux nouveaux arrivants de bénéficier de l’expérience d’artistes plus anciens au sein de la compagnie.
Ce tuilage se fait soit au cours d’une saison, soit lors d’une nouvelle création, comme pour A swan lake, où un tiers de l’équipe artistique sera constitué de danseurs « historiques » déjà interprètes dans Ce que le jour doit à la nuit ou Les nuits Barbares, un second tiers de danseurs ayant intégré la compagnie pour SOL INVICTUS et un
dernier tiers composé de nouveaux artistes recrutés spécialement pour la création.
La fidélisation des danseurs permet aussi un travail plus efficace en création avec un corps disponible pour le travail de la compagnie. Les répétitions sont ainsi plus courtes, moins fatigantes et les créations se font plus rapidement. Une relation de confiance saine et
durable entre les artistes et le chorégraphe permet d’éviter les trop nombreuses reprises de rôles énergivores en termes de bilan carbone.
5.LE SOUTIEN À D‘AUTRES COMPAGNIES
Au regard de la création, Danses nomades vise aussi à favoriser la circulation des artistes, des œuvres et des publics issus de ses territoires. L’une des principales difficultés des compagnies est de sortir de leur région d’implantation. Danses nomades souhaite permettre aux compagnies locales de bénéficier des sillons creusés par la compagnie Hervé KOUBI pour proposer des résidences croisées entre les territoires.
Un même projet artistique pourra ainsi se créer à la fois au BCMO – Pôle chorégraphique de Calais et à l’Espace Chorégraphique Chiris de Grasse, à la Coopérative de Belfort en lien avec le GRRRANIT – Scène Nationale ou encore à Brive ou à Cannes où des espaces chorégraphiques dédiés à la compagnie sont en réflexion en lien avec les municipalités.
Exemples de résidences croisées en 2026, 2027 et 2028 :
- Eric Oberdorf (Région Sud / Alpes Maritimes) : Résidences croisées à l’Espace Chorégraphique de Grasse / au BCMO Calais + Collaboration internationale dans le cadre du dispositif Studio Trade (accueil de compagnies étrangères partenaires du réseau à Grasse et à Calais – Les lieux de la Compagnie Hervé KOUBI intégreront le réseau Studio Trade)
- Aurore Floréancig (Région Hauts de France / Somme) : Résidences croisées à l’Espace Chorégraphique
- Chiris de Grasse / au BCMO Calais
- Issa Sanou (Région Hauts de France / Pas-de-Calais) : Résidences croisées à l’Espace Chorégraphique
- Chiris de Grasse / au BCMO Calais / en Corrèze
- Marie Arsandaux (Région Nouvelle Aquitaine / Corrèze) : Résidences croisées à l’Espace Chorégraphique
- Chiris de Grasse / au BCMO Calais / en Corrèze
- Anne-Charlotte Zuner (Région Hauts de France / Nord) : Résidences croisées à l’Espace Chorégraphique
- Chiris de Grasse / au BCMO Calais
- Yassmine Benchrifa (Maroc) : Résidences croisées à l’Espace Chorégraphique Chiris de Grasse / au BCMO Calais / (+ résidences à Viadanse et à l’Agora de Montpellier)



6.PRATIQUE AMATEURE
S’intéresser aux moyens de transmission de l’œuvre, c’est s’intéresser au territoire et à ses habitants tout autant qu’à l’œuvre elle-même. En articulant et en rendant poreuse la transmission de leurs savoirs, les danseurs de la Compagnie Hervé KOUBI, les chorégraphes invités en résidences croisées et les artistes des
compagnies accueillies, créeront un écosystème fertile pour l’expression artistique.
Cette interaction permet de valoriser les compagnies présentes sur tous les territoires tout en offrant aux danseurs amateurs la possibilité d’apprendre et d’évoluer aux côtés de professionnels
reconnus, enrichissant ainsi leur expérience et leur technique. Cette porosité et cette articulation, qui sont au centre du projet de Danses nomades en faveur de la pratique amateur, permettent de tisser des liens forts entre les différentes communautés, en intégrant les pratiques artistiques dans le quotidien des habitants. Les ateliers participatifs et les scènes ouvertes deviennent des lieux de rencontre et de partage, où se mêlent les histoires, les
traditions et les aspirations de chacun. La mise en place de projets intergénérationnels et familiaux renforce encore davantage ces connexions, en rassemblant des participants de tout âges.
En développant la pratique amateure en articulation avec les intervenants et les territoires, Danses nomades favorise une dynamique culturelle vivante et inclusive permettant non seulement de valoriser la richesse et la diversité des pratiques chorégraphiques, mais aussi de promouvoir la cohésion sociale et le développement harmonieux des communautés à travers l’art.
7.UN MODÈLE ADAPTABLE ET REPRODUCTIBLE
Danses nomades, tel que présenté ici, est un projet pilote innovant et vertueux. Ce modèle économique basé sur la coopération de plusieurs territoires, en faveur d’une équipe artistique pourrait être reproductible ou adapté à d’autres équipes artistiques, ouvrant la voie à la création d’un nouveau label du Ministère de la Culture.
Un pré-projet de livre qui suivrait l’expérimentation de Danses nomades sur l’ensemble des territoires est en construction avec la maison d’édition Light Motiv. Un tel objet constituerait un support et un témoignage matériel d’une coopération territoriale vertueuse. Cet outil retracerait la vie du projet. En suivant ses échecs et ses réussites dans un objectif de partage et de communication, il constituerait un outil de capitalisation, une synthèse qui pourrait devenir une source inspirante pour les institutions et partenaires.
Le projet Danses nomades repose sur une approche innovante de la circulation des artistes, des œuvres
et des publics. Accompagné d’une équipe structurée garantissant la qualité, l’efficacité et la pérennité du programme, il articule création, résidences, mobilité, formation et événements partagés. Trait d’union entre les territoires, il devient un véritable levier d’innovation culturelle et de cohésion territoriale.
Son inscription dans une démarche de culture pour tous, d’inclusion et de création métissée, résolument contemporaine et empreinte à la fois des danses académiques, populaires et urbaines en fait une initiative méritant un appui officiel. L’implication du Ministère de la Culture dans le projet Danses nomades ne serait pas seulement une reconnaissance symbolique, mais un levier stratégique pour la réussite d’un projet novateur impliquant les collectivités territoriales de plusieurs régions au service de la création, du public et des habitants.
Une labélisation pluriannuelle permettrait d’assurer la pérennisation d’une circulation fluide des artistes et des œuvres, tout en garantissant un encadrement professionnel solide grâce à une équipe adaptée et déployée à l’échelle du réseau.
La reconnaissance officielle de l’Etat à travers la création d’une nouvelle labélisation, constituerait un signal fort pour les collectivités qui demeurent engagées dans le domaine de la culture auprès d’une compagnie indépendante sachant à la fois rayonner à l’international et demeurer fortement impliquée dans les territoires, à l’écoute de leurs préoccupations et de leurs publics, en faveur d’une culture vivante, accessible.


