Créations

Les créations d’Hervé KOUBI résonnent profondément avec les enjeux de société contemporains. Par son engagement artistique, il propose une vision ouverte et inclusive du monde, où la diversité est source de richesse et d’humanité. Sa danse, à la fois ancrée dans le réel et portée par l’imaginaire, invite à repenser notre rapport à l’autre et à célébrer la pluralité des identités.

Loin d’envisager la diffusion dans une démarche mercantile, c’est la conversation engagée avec les œuvres qui intéresse Hervé Koubi : comment peuvent-elles, au fil des années, rencontrer encore le public, parfois autrement, sous un autre prisme, et faire écho aux enjeux de société.

« Je n’ai de cesse de les requestionner tout au long de leur diffusion, de les revisiter pour qu’elles puissent continuer à faire sens » précise Hervé KOUBI.

« Aborder Le Lac des cygnes aujourd’hui, c’est plonger dans l’imaginaire collectif, convoquer à la fois la mémoire d’un chef-d’œuvre universel et les fantômes intimes qui l’habitent. Dans le ballet, le prince Siegfried
fuit un destin tracé, des conventions étouffantes. Son échappatoire se trouve dans la vision d’un autre monde, celui des cygnes, irréel et pourtant plus vrai que sa vie de prince.

De la même manière, Louis II de Bavière, roi rêveur et incompris, fit du mythe du chevalier au cygne Lohengrin son propre refuge. Entre l’exigence du pouvoir et l’impossibilité de vivre pleinement ses désirs, il choisit la fuite
vers l’imaginaire, l’architecture fantasmatique, la musique wagnérienne et la figure salvatrice du cygne. C’est ce double mouvement – celui de Siegfried et celui de Louis II – qui inspire ma lecture. Le Lac des cygnes devient alors moins une histoire d’amour contrarié qu’une métaphore de l’évasion, de la nécessité de créer des mondes parallèles lorsque la réalité ne suffit pas. S’échapper du monde pour mieux le retrouver, prendre une distance salvatrice, un recul permettant de mieux le questionner, de le transcender. »

« Dans cette vision, le ballet est l’écho d’un besoin universel : celui de suspendre un instant la gravité du monde, de suspendre cette fuite en avant de la soi-disant toute puissance de l’homme face au monde qui
l’entoure pour croire à une autre réalité. La danse, alors, devient cette échappatoire. Les corps se déploient, s’élancent, oscillent entre chute et envol.

Il ne s’agira même pas de réécrire l’histoire mais en revanche d’ouvrir les failles : un interstice où l’imaginaire peut prendre la place du réel, où le spectateur, à son tour, peut trouver refuge. Comme le prince et comme le roi, chacun est invité à se reconnaître dans cette tentation de l’évasion, dans ce désir de franchir le miroir des
eaux. Je veux croire qu’il est encore possible de s’élever dans un monde qui s’effondre, qu’il est encore possible d’aimer dans un monde qui se divise et qu’il est encore possible de bâtir un cygne, un navire libre dans un monde saturé de murs. »

Hervé KOUBI

L’histoire raconte que le Ganggangsullae, dansé la nuit pendant la pleine lune, a permis aux femmes de repousser l’ennemi lors d’une tentative d’invasion au XIVème siècle. Son architecture a nourris la dramaturgie de Nuits blanches et Take back the night.

Le titre donne le ton : Peu importe. Que l’on soit femme ou homme, ce qui compte « c’est
de se présenter avec fierté tel qu’on est, de se moquer du regard de l’autre et du qu’en
dira-t-on pour se libérer et conserver la force d’avancer ».

Cette conviction profonde, Hervé KOUBI la porte depuis ses premiers spectacles. Elle s’incarne avec force dans NO MATTER, composé de deux pièces courtes : Nuits Blanches et Take back the night. Ce nouvel opus 100% féminin, créé avec une équipe de danseuses venues de Corée du Sud, se fait l’écho de Boys don’t cry qui posait la question de l’identité masculine.

Dans un geste libérateur, dix danseuses coréennes, accompagnées en musique par le duo lillois éléctro-pop Dear Deer, rendent hommage à toutes les héroïnes du quotidien, aux oubliées de l’Histoire, aux figures de résistance et à celles, réelles ou de fiction, qui peuplent les cultures et récits populaires.
Issues d’un pays au développement récent, où l’histoire et les traditions demeurent une richesse mais aussi un poids, elles affirment l’émancipation d’une jeunesse qui décide de s’affranchir des stéréotypes de genre. En prenant le pouvoir, elles ouvrent un espace de réflexion poétique et fédérateur.

SOL INVICTUS – 2023

Dernière création à rejoindre la tournée, Sol Invictus incarne la lumière invincible, la persévérance et l’espoir. Cette pièce imagine un microcosme où l’« étranger » n’existe plus, où les frontières deviennent fluides, et où chacun se définit librement en échappant aux stéréotypes.

« Avec au plateau dans mes créations des danseurs non binaires, européens, amérindiens, africains, maghrébins, asiatiques, handicapés, adultes, enfants, c’est au-delà d’une quelconque idée de quota que je positionne mon regard sur une diversité plus vaste et plus fluide que la binarité français étranger, valide/non valide, enfant/adulte, femme/homme…»

— Hervé KOUBI

« Un manifeste pour la vie. Sol Invictus sera Lumineux, Généreux et Universel. Toujours à mi-chemin entre physicalité hip-hop et élévation classique Sol Invictus sera une déclaration d’amour, ma déclaration d’amour à la danse, à son passé, à son présent, à son avenir.

Célébrer les liens qui nous unissent, ceux de la vie enchevêtrés au cycle des saisons. Renaître et retrouver alors l’enfance, redevenir cet enfant émerveillé par la découverte du monde et du mystère de la Vie.

Ah oui, danser comme un enfant.

S’étourdir de la place du vivant dans l’immensité de l’univers, de notre place. On pourrait croire qu’il ne s’agit après tout que de danser mais la danse permet cela, au delà des mots, célébrer la vie et nous rassembler. Mais qu’est-ce que « danser ensemble »? La réponse demeure pour moi un Mystère. Ce que je sais en revanche c’est que je veux parler d’amour, d’entre-aide, de solidarité, de lumière et de lien, celui qui nous unit à la vie.

J’appelle au plateau, tout un monde et ses sourires, une orthographe libérée au service d’une écriture qui dépasse les frontières, les esthétiques, les langues et les styles. Il y aura aussi des rondes et des spirales. Celles qui nous élèvent chacun grâce à chacun des autres, grace à l’Autre. Voilà; nous y sommes… peut-être. Je veux alors faire de la scène un terrain de jeu de tous les possibles pour accueillir une danse qui rit, une danse qui vient du coeur, de la bouche, des hanches, des pieds sur un Sol brûlant. Il y a de l’urgence, celle de rassembler oui mais aussi de susciter de l’espoir.

Je choisis donc. Ce sera un rite, un rite que nous inventerons à chaquereprésentation pour célébrer que nous sommes Vivants. Stanley Kubrick disait que « la vie dont nous faisons partie n’est qu’une étincelle fragile et éphémère face à laquelle probablement l’univers est et demeurera indifférent . Le seul moyen de surmonter cette insupportable condition serait d’y trouver un sens ».

Et puisque pour moi aimer et danser font bel et bien partie d’un même tout indivisible qu’est la vie, je voudrais que Sol Invictus soit alors cette étincelle. Aussi brillante qu’une vie remplie du bonheur de danser… ensemble. »

Hervé KOUBI – Notes de travail

ODYSSEY – 2020

Alors que les précédentes pièces étaient construites avec une équipe masculine, Hervé Koubi, en deçà de ce souci de cohérence, entend, avec ses danseurs, et avec la chanteuse et musicienne Natacha Atlas, aller plus loin car, par-delà la continuité, perce, surgit et se déploie une éclatante déclaration d’amour, où la féminité, existe ici sous toutes les figures de la ré-union. 

Natacha Atlas, a accepté de mêler la grâce de son timbre de voix tour à tour cristallin et d’un envoûtement mystique, et surtout son univers poétique du déracinement, à celui d’Hervé Koubi.    

Natacha Atlas, à travers le regard d’Hervé Koubi, incarnera la femme, toutes les femmes et l’enjeu du retour d’Ulysse, qui sera incarné par tous les danseurs de la compagnie, est bien celui de l’amour. Mais d’un amour reflété ici par le kaléidoscope du regard de la femme, terre d’accueil avant même d’être maternité chez Emmanuel Levinas, et qui signifie éminemment, en résonance avec Exode 20, 13, « Tu ne tueras point. » Et, si ce voyage que propose le chorégraphe à ses publics est une fois encore celui du passage par la mer, celle-ci se fait, par-delà la Méditerranée qui fait se rejoindre Juifs, Musulmans et Chrétiens, horizon Grec dont la houle du combat est passage nécessaire à la paix… terme féminin, honoré par excellence ici, aussi, concrètement sur le plateau. 

Les Nuits Barbares – 2015

Créée en 2015, cette œuvre aborde la migration, le métissage et l’appartenance commune au-delà des frontières. En convoquant l’image des « premiers matins du monde », Hervé KOUBI rappelle qu’avant d’être des barrières, les différences étaient des richesses. Les nuits barbares célèbrent ainsi la diversité et lancent un appel à l’unité.

« C’est une histoire de chemin, tout est une histoire de chemin… Cinq années passées entre l’Algérie et la France, de part et d’autre de la Méditerranée, cette mer à l’origine de tous ces peuples déracinés et exilés, origine commune, fondamentale, indéchirable de ceux qu’on appelle les Méditerranéens. Alors que je tentais vainement de retrouver la mémoire sur la terre de mes ancêtres, en Algérie, ce sont plutôt de nouveaux liens qui se sont noués, des liens inédits qui m’ont permis de mieux comprendre d’où je venais et peut-être qui j’étais. J’ai rencontré des compagnons d’Art, témoins pour moi d’une histoire perdue. J’ai rencontré ceux que j’aime appeler mes frères retrouvés. J’y ai découvert le goût des autres, j’en suis reparti, pour dessiner les contours d’une nouvelle aventure, gourmand de mystère. Les nuits barbares ou les premiers matins du monde prend sa source dans cette immense et incontournable histoire de notre bassin méditerranéen. Je choisis ici de partager ce chemin qui témoigne de mon envie d’aller vers l’autre, vers l’inconnu à l’encontre d’une actualité dont la machine médiatique qui, jouant de confusion, dicte trop souvent le « nous et les autres , nous les Civilisés, et nos voisins, les barbares » et où le sens étymologique du mot « barbare » cède souvent le pas au sens péjoratif et qualifie celui qui,
dépourvu de civilisation et d’humanité, use de la violence avec gratuité.

Certes il est important de savoir d’où l’on vient pour savoir où l’on va mais il est important aussi de savoir d’où l’on parle et il me paraît nécessaire dans le contexte actuel, et je pense qu’il nous est nécessaire à tous, de croire en une universalité des cultures à la fois partagées, métissées et étroitement liées ainsi qu’en un avenir qui selon moi ne peut être que commun. Les nuits barbares ou les premiers matins du monde sera comme un coup de pied donné au fond de la mer quand on s’enfonce dans les ténèbres comme pour mieux remonter à la surface. S’éloigner des ténèbres de l’obscurantisme pour mieux retrouver la lumière de notre histoire partagée. Qui étaient ces Barbares venus du nord, mystérieux Peuples de la Mer dont la Bible, les chroniques, les
monuments anciens relatent les forfaits, sans bien dire qui ils étaient, ni d’où ils venaient ? Qui étaient ces autres barbares de l’Est, ces génies des temps obscurs, les Perses, Ioniens, Siths et Babyloniens, les arabo-musulmans ? De quelle Histoire inconnue, oubliée, reprise, assimilée ou effacée sommes nous héritiers ?

Peuples coureurs de steppes ou bâtisseurs de tumulus, peuples avec ou sans dieux, pacifiques ou guerriers, vaincus et pourtant féconds… Il est mille manières de fabriquer de la société.

L’autre, l’étranger fait et a toujours fait peur. Peur fantasmée avec tout ce que cela révèle dans la confrontation, d’ignorance et de frustration même.

Je choisirai donc ici de mettre en scène cette peur ancestrale de l’étranger pour mieux aller chercher et dévoiler tout ce qu’il y a justement de sa-voirs cachés, de richesses, de raffinements derrière ces cultures barbares et questionner quelques préjugés bien ancrés dans nos esprits habitués à lire le destin de toute l’humanité à travers des œillères occidentales. Je veux proposer non pas une réhabilitation de l’Histoire envers ces peuples, ni en faire l’apologie mais y apporter une mise en lumière sensible, pétrie d’humanité et tenter de rendre attachants ces barbares, qui sont eux aussi nos ancêtres.

Une forme d’orientalisme avait nourri mes réflexions et rêves d’Orient portées sur Ce que le jour doit à la nuit. La noce barbare de Jean Cocteau, les musiques sacrées d’orient et d’occident, les brillantes traces laissées par les cultures Vandales, Perses (et les pratiques des Zurkhanées), Goths, Celtes, Huns, Arabo-musulmanes… nourriront Les Nuits Barbares ou les premiers matins du monde.

Je choisis de porter mon regard sur ce qui me paraît le plus beau, les mélanges des cultures, des religions, du sacré à travers l’Histoire pour qu’elles puissent m’aider à dessiner et mieux encore révéler les fondations d’une géographie commune sur laquelle aujourd’hui d’un bout à l’autre du monde nous sommes debout trop souvent sans le savoir. Je veux me saisir aussi de l’Histoire, ouvrir les yeux, glisser vers l’autre, courir vers la Liberté… et me souvenir que le mot barbare se dit aussi Amazigh et signifie l’homme libre.

A la beauté ! Celle qui au delà des guerres parle du mariage, celle qui rassemble, qui tourne le dos à toute revendication identitaire, celle qui prend le meilleur de chacun, qui dans son histoire, son altérité et ses origines de toute façon métissées quoiqu’il en soit, lui rend hommage comme un hymne. A la Méditerranée qui recèle pour moi tant de pourquoi lumineux où l’aveuglement et les bruissements sont les lettres d’or d’un secret perdu, celui de l’accord absolu de notre désir et de notre destin. A nos origines communes aussi qui se croisent toutes dans la Méditerranée occitane, orientale, provençale, espagnole, italienne, maghrébine, romaine, grecque… A notre Histoire qui depuis plus de 3000 ans témoigne de tant de cultures dont l’altérité, nous rassemble, oh oui, nous rassemble bien plus qu’elle ne nous éloigne. Qu’importe que nous soyons algériens, espagnols, français… Nous sommes avant tout de la Méditerranée et c’est cela notre appartenance, elle est plus ancienne que les nations.

Hervé KOUBI – Notes de travail

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